Dosage du mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable : guide pratique par culture

Deux produits autorisés en agriculture biologique, deux modes d’action distincts, et pourtant un seul passage au pulvérisateur suffit pour les combiner.

Le mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable séduit de nombreux jardiniers et viticulteurs – mais les dosages varient selon la culture, et une erreur dans les proportions peut faire plus de mal que de bien.

Avant de préparer votre bouillie, voici ce qu’il faut savoir avec précision.

Bouillie bordelaise et soufre mouillable : deux fongicides complémentaires

La bouillie bordelaise agit grâce au cuivre. Elle cible principalement le mildiou (Plasmopara viticola sur vigne, Phytophthora infestans sur tomate ou pomme de terre) en empêchant la germination des spores sur les feuilles.

Le soufre mouillable, lui, combat l’oïdium – ce champignon qui forme ce voile blanc poudreux caractéristique sur les feuilles de vigne, de courge ou de rosier.

Ces deux pathogènes coexistent souvent dans les mêmes parcelles, surtout au printemps et en début d’été.

Associer les deux produits dans un même traitement permet donc de couvrir simultanément les deux risques fongiques majeurs. C’est particulièrement pertinent en traitement préventif, avant que les symptômes ne s’installent.

La différence entre soufre et bouillie bordelaise est fondamentale : le cuivre est un métal lourd qui reste dans le sol, tandis que le soufre est volatil et n’entraîne pas d’accumulation problématique dans le substrat. Ce point aura son importance quand on parlera des précautions environnementales.

Quelles sont les proportions exactes à respecter pour le mélange?

Dosage du mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable

Le dosage mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable de référence tourne autour de 10 à 20 g/L de bouillie bordelaise pour 3 à 5 g/L de soufre mouillable, selon la culture traitée et la pression parasitaire observée.

Ces fourchettes sont celles que l’on retrouve dans les recommandations de la plupart des fabricants de produits de biocontrôle.

Pour une préparation concrète sur 10 litres d’eau, la formulation pratique est la suivante : 30 g de bouillie bordelaise et 7,5 g de soufre mouillable. Cette quantité couvre environ 10 à 15 m² selon la végétation.

La bouillie bordelaise se dose généralement en grammes de produit commercial à 20 % de cuivre métal.

Vérifiez toujours la teneur en cuivre de votre produit – elle varie d’une marque à l’autre, et c’est la concentration finale en cuivre dans la bouillie qui compte, pas simplement le volume de poudre bleu-vert versé dans la cuve.

Tableau de dosage bouillie bordelaise et soufre mouillable selon la culture

Les dosages ne sont pas uniformes d’une espèce végétale à l’autre. La vigne, par exemple, est sensible aux excès de cuivre et réclame une attention particulière. Voici un tableau de dosage bouillie bordelaise et soufre mouillable par culture :

CultureBouillie bordelaise (g/L)Soufre mouillable (g/L)Remarques
Vigne12 à 20 g/L2 à 3 g/LConcentration max. 0,6 % cuivre – avant floraison surtout
Tomate10 à 15 g/L3 à 5 g/LÉviter par forte chaleur (risque brûlure avec le soufre)
Pomme de terre15 à 20 g/L3 à 5 g/LRenouveler après chaque épisode pluvieux
Arbres fruitiers (pommier, poirier)10 à 15 g/L3 à 4 g/LTraitement au débourrement et après floraison
Rosiers et arbustes10 g/L3 g/LSurveiller la température avant application

Pour la vigne, la concentration maximale de 0,6 % en cuivre est une limite à ne pas dépasser pour éviter la phytotoxicité, notamment sur jeunes pousses. Une bouillie à 20 g/L avec un produit dosé à 20 % de cuivre métal vous rapproche déjà de ce plafond.

Comment préparer et appliquer le mélange correctement?

Dosage du mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable avis

L’ordre d’incorporation des produits compte. Commencez par remplir la cuve à moitié avec de l’eau propre, puis incorporez la bouillie bordelaise en poudre mouillable en agitant.

Ajoutez ensuite le soufre mouillable, puis complétez avec le reste d’eau tout en continuant d’agiter. Ne mélangez jamais les deux poudres à sec avant de les introduire dans l’eau.

Maintenez une agitation constante pendant la pulvérisation – les particules de soufre en suspension ont tendance à se déposer au fond du réservoir si le brassage s’arrête.

Les conditions d’application optimales sont les suivantes :

  • Température comprise entre 10 °C et 25 °C
  • Feuillage sec au moment de l’application, pluie absente pour les 4 à 6 heures suivantes
  • Vent faible pour éviter la dérive du produit
  • Pour la vigne : appliquer avant la floraison, au stade boutons floraux séparés
  • Éviter le plein soleil en été – tôt le matin ou en fin d’après-midi

Certains mélanges restent déconseillés avec la bouillie bordelaise

Le mélange bouillie bordelaise et soufre est une association bien documentée et stable. En revanche, d’autres combinaisons peuvent poser des problèmes sérieux.

La bouillie bordelaise ne se mélange pas avec les produits à pH acide – les émulsions d’huile végétale ou minérale, par exemple, peuvent provoquer une décomposition du sulfate de cuivre et rendre le traitement inefficace voire phytotoxique.

Certains insecticides organophosphorés sont également incompatibles. Avant tout ajout d’un troisième produit dans votre bouillie, réalisez un test de miscibilité simple : mélangez de petites quantités dans un récipient transparent et observez pendant 10 minutes.

Si le liquide se trouble anormalement, forme des grumeaux ou se sépare en phases, renoncez au mélange.

La règle de base reste de vérifier la compatibilité auprès du fabricant ou sur l’étiquette avant d’associer quoi que ce soit à votre bouillie cuivre-soufre.

Fréquence et calendrier de traitement : à quelle période appliquer le mélange?

Dosage du mélange bouillie bordelaise et soufre mouillable et utilsiation

Sur la vigne, les traitements préventifs commencent au débourrement (stades C-D selon l’échelle Baggiolini), dès que les premières feuilles pointent.

La période critique s’étend jusqu’à la fermeture de la grappe, avec une fréquence de 10 à 15 jours entre chaque passage selon la pluviométrie.

Sur tomate et pomme de terre, le premier traitement intervient dès la mise en place des plants et se renouvelle après chaque pluie significative (au-delà de 5 à 10 mm). En année humide, comptez un passage tous les 8 à 10 jours.

  • Vigne : débourrement, puis toutes les 10-15 jours jusqu’à fermeture grappe
  • Tomate / pomme de terre : à partir de la plantation, renouvelé après chaque pluie
  • Arbres fruitiers : au gonflement des bourgeons, puis après floraison
  • Délai avant récolte : respecter 3 semaines minimum pour la bouillie bordelaise

Ce délai avant récolte est souvent oublié. Sur des cultures à cycle court ou à récoltes étalées comme la tomate, anticipez vos derniers traitements en conséquence.

Quelles précautions pour éviter les excès de cuivre et de soufre au jardin?

Le cuivre s’accumule dans les horizons superficiels du sol. Des décennies de traitements viticoles intensifs ont conduit à des teneurs préoccupantes dans certains vignobles européens.

Même au jardin, évitez de traiter systématiquement sur les mêmes parcelles d’une année à l’autre sans adapter la dose aux conditions réelles de pression parasitaire.

Le soufre, lui, présente un autre risque : la phytotoxicité par forte chaleur. Au-delà de 28-30 °C, le soufre mouillable peut provoquer des brûlures foliaires marquées, particulièrement sur vigne et tomate.

Si la météo annonce une vague de chaleur, décalez le traitement ou supprimez le soufre de la bouillie le temps de l’épisode.

Quelques bonnes pratiques concrètes :

  • Ne traitez que lorsque le risque maladie est avéré ou imminent – pas par réflexe calendaire
  • Alternez avec d’autres méthodes (réduction des densités de plantation, aération du feuillage) pour limiter les passages
  • Rincez votre pulvérisateur loin des cours d’eau – le cuivre est toxique pour la faune aquatique
  • Respectez les doses homologuées : davantage de produit n’améliore pas l’efficacité, ça charge le sol inutilement

Le jardin se traite comme on observe une plante : avec attention, au bon moment, et sans excès. Un dosage juste, appliqué au bon stade végétatif, vaut mieux que trois passages approximatifs. C’est cette précision qui fait la différence entre un jardinier qui soigne et un jardinier qui répand.